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Tout comprendre sur l'affaire Dreyfus
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Mes chers camarades, bien le bonjour ! Est-ce que vous connaissez les conversations à risque ? Comme
par exemple, parler de science à un sceptique, d’histoire à un amateur de point Godwin,
ou des élections avec le tonton bourré au réveillon ? On a envie de le convaincre,
même si on sait que ça va finir en embrouille ! Et en France, ce genre de sujet, il a eu un boss
au tournant des 19e et 20e siècles, le king du clash : c'est l’affaire Dreyfus. C’était impossible d’en parler,
dans la rue, au boulot, ou même entre amis ou en famille. Tout
le monde se déchirait pour savoir qui était dreyfusard ou antidreyfusard !
Pourtant, à la base l’affaire Dreyfus, c’était pas ouf, juste un cas d’espionnage,
et l’Histoire aurait très bien pu passer à côté. Sauf que le contexte a tout fait : y’avait
quelque chose de pourri, des luttes de pouvoir et des tensions… Et l’affaire
a réveillé le dragon qui dort ! Ça a viré à l’erreur judiciaire, au scandale historique,
et même à la crise politique qui a secoué toute la Troisième République !
Il faut imaginer l’ambiance qui règne à l’ambassade d’Allemagne à Paris en
1894 : depuis 25 ans, les deux pays se sont affrontés, et l’Allemagne victorieuse
s’est emparée de l’Alsace-Moselle. Contrairement au cliché, côté français,
on n’est pas forcément obsédé par la revanche : d’ailleurs il faudra attendre encore 20 ans avant
la Première Guerre mondiale. Mais n’empêche, une nouvelle confrontation reste possible. La plupart
des gens la craignent, mais quelques uns l'attendent, voire se préparent au cas où.
Voilà pourquoi Maximilian von Schwartzkoppen travaille à l’ambassade : cet attaché militaire
a un travail : réunir un max d’informations sur l’armée française, y compris par l’espionnage. Voilà aussi
pourquoi Marie Bastian, sa femme de ménage, vide régulièrement sa corbeille à papier.
Eh oui : la française travaille en réalité pour le contre-espionnage Elle surveille l’allemand
qui les surveille. Et tout ce petit monde se tourne autour, jusqu’en septembre 1894 !
Ce jour-là, la pêche a été bonne pour Marie Bastian : elle sort de la poubelle
un curieux document, le bordereau dans lequel un inconnu promet à Maximilian de lui fournir des
documents secrets sur l’artillerie française. Dès qu’il l’apprend, le chef du contre-espionnage
Jean Sandherr contacte le général Auguste Mercier, qui est le Ministre de la Guerre. On ouvre une enquête
sur les officiers d’artillerie, et très vite on soupçonne l’un d’entre-eux : Alfred Dreyfus. En
fait, Dreyfus a un CV assez banal… mais la faute à pas de chance, son profil est décortiqué par les
enquêteurs bourrés d’a priori. Par exemple, Alsacien d’origine, il a fui son pays par
patriotisme, pour rester français. Mais on va interpréter tout ça à l’envers : et si c’était
un Alsacien pro-allemand infiltré ? Ensuite, c’est un polytechnicien qui est monté en grade à
force de travail et de mérite. Là encore, nouvelle interprétation : chez les vieux haut-gradés très
aristocrates, on soupçonne la jeune génération qui marche au mérite. Enfin, le 3e clou du cercueil :
Dreyfus a le malheur d’être juif. Or l’état-major de l’époque est particulièrement antisémite.
Alors d'accord, d’accord, mais tout ça, c’est secondaire : faudrait prouver le crime,
le motif, la façon de procéder. On parle d’une enquête ! Sûrement que de simples
“intuitions” nationalistes, générationnelles ou racistes,
dans un pays moderne comme la France, ça va pas compromettre l’enquête et le procès ?
Eh bien si : Dreyfus est perçu d’office comme un coupable idéal, et les enquêteurs vont
donc tout interpréter dans ce sens, sans plus chercher objectivement qui est l’espion. C’est
donc pour l’épingler qu’on analyse l’écriture de Dreyfus. Le commandant Armand du Paty du Clam,
graphologue très amateur, compare les deux écritures. Même lui, avec ses faibles
compétences, a un sacré doute… mais il finit par conclure que Dreyfus a bien écrit le bordereau.
Le criminologue Alphonse Bertillon est lui aussi consulté : il n’y connaît rien en graphologie,
mais il voit bien que les écritures ne correspondent pas totalement. Et pourtant,
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