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VALERIAN - CRITIQUE
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Arrivé à la fin du film
J'ai senti un truc sur ma joue, je me suis demandé ce que c'était
Et je me suis rendu compte que j'étais en train de pleurer
d'admiration devant Lucy
Critiquer un film de Luc Besson
c'est une énorme galère. C'est une phrase que je dis tout le temps,
c'est devenu vachement galvaudé à la longue, mais là c'est le cas :
rarement un réalisateur français n'a été autant un catalyseur de haine que Luc Besson.
On ne sait pas trop quand ça a démarré, en vrai c'est assez flou.
Il y en a qui disent que c'est depuis "Le 5ème élément", d'autres depuis "Jeanne d'Arc"
ou certains au milieu, à partir du moment où il s'est mis à écrire des films au contenu pauvre mais efficace
comme "Taxi" en 1998. Perso, je vais pas vous mentir j'ai du mal à m'y retrouver dans la haine des autres
donc on va dire que c'est environ par là.
Depuis ça il est devenu une sorte de cible à abattre, un jeu de fléchettes humain sur lequel on est prêt à cracher dès qu'un
nouveau film sort, parce que le harcèlement c'est quand même vachement marrant
(non, pas du tout en fait)
Moi ce qui me fait chier déjà, c'est de ne pas savoir si on déteste l'homme ou le réalisateur. On dit souvent que Besson c'était mieux avant les années 2000
et je suis d'accord sur le fond, mais j'aime ce côté inattendu à chaque production.
Entre le trip esthétisé en noir et blanc, la trilogie de films pour enfants,
l'adaptation de BD, le biopic politique et la comédie de mafieux, Besson tente tout :
il n'est jamais là où on l'attend même si je remettait en cause la qualité de
certains d'entre eux, j'aime son côté experimental et son envie de se diversifier.
"Lucy" c'est un peu different : on sait que ça a fait couler beaucoup d'encre
peut être parce que le film en faisait trop, ou pas assez, restait très souvent incohérent
et même gratuit, et était dans la droite lignée de l'esthétisme Besson
au service de pas grand chose. Il en ressort quand même à mes yeux un produit
décérébré sacrément efficace que je ne déteste pas. Et je suis genre vraiment
désolé quoi. Il est devenu avec le temps un réalisateur en demi-teintes
qu'on attendait grandiose comme à ses débuts, et qui pour certains s'est perdu.
Peut être que l'on prend aussi ça trop à coeur et qu'on agresse un homme gratuitement en
s'acharnant sur des détails. Et en vrai j'ai pas la réponse moi-même : c'est un débat sans fin
je suis déjà fatigué rien que d'y penser, laissez moi dormir. Peut être que c'est l'homme qu'on déteste :
celui qui a monté une grosse boite de production pour des films tout pourraves pour gagner
plein d'argent (parce que pouah l'argent c'est caca beurk).
Je ne m'étais jamais posé la question en fait et un jour le même Durendal que l'on fustige pour sa
critique de Lucy a dit un truc qui m'a intrigué :
"Faire un film ça coute du pognon
pour pouvoir faire un nouveau film il faut donc que les films précédents se soient
rentabilisés, c'est à dire qu'ils aient eu du succès.
Et c'est quoi les films qui ont eu le plus de succès ? Le divertissement grand public."
Bon le raisonnement est simpliste mais dans les faits il fait ses preuves :
on a plein de grosses daubasses qui sortent, qui ramènent un flouz même pas imaginable
et avec ça on peut produire des films voués à être moins rentables et prendre des risques.
D'un côté on a des pures daubes qui polluent le paysage cinématographique et ne relèvent pas le niveau global,
et en même temps ça permet à des premiers films de réalisateurs de genre de pouvoir exister
sachant qu'ils ne seront jamais rentables. Ça permet d'encourager des réalisateurs US qui ne trouvent
pas le blé chez eux à faire exister leurs oeuvres.
Ou ça permet tout simplement de voir de nouveaux auteurs émerger.
Et là d'accord je comprend qu'on déteste Luc Besson, parce qu'il se donne une image que certains appelleraient "de droite"
mais qui se décrit surtout par "se complaire dans le système et jouer avec
sans réfléchir à le changer"
Et se servir d'un système tout pourri pour exister en tablant sur la stupidité d'une partie de l'audience
je comprend que ça donne une image de connard.
Mais il y a un détail qui fait capoter tout ça : en 2015 Besson a interpellé
la ministre de la culture de l'époque Fleur Pellerin sur un soucis dans le tournage
des films en France. Le crédit d'impôt.
Je ne vais pas rentrer dans tous les détails parce que même si j'ai fait ES et que j'adore l'économie d'autres trouvent ça chiant
mais en gros en France les films avec un budget de plus de 7 millions ou les films tournés en anglais
n'y avaient pas droit.
Donc pour faire encore plus simple, avec cette loi si tu voulais faire un film à gros budget ou un film en langue étrangère
tourné en france, soit tu tournais à l'étranger
soit tu te brossais pour ton crédit d'impôt.
Exemple à la con : "Love" de Gaspar Noé, production française tournée à Paris
dans une galère de thunes, parce que en langue anglaise.
Et c'était relou, parce que la majorité des producteurs français attendent beaucoup du crédit d'impôt
et ne pas perdre trop de sous-sous.
Du coup on avait des techniciens français qui étaient ultra talentueux mais qui ne bossaient presque pas
parce qu'on prennait la main d'oeuvre étrangère moins chère et que l'ambition française pouvait se rhabiller.
Du coup Besson il a tapé du poing sur la table et il a gueulé en disant
"Je veux faire mon prochain film en France, dans mes studios Français et engager des techniciens français."
Et vous savez quoi ? Il a réussi.
Nouvel exemple à la con, vous vous demandez comment "Dunkerque" a pu se faire au final en France
et bien c'est grâce au changement du crédit d'impôt.
Donc peut être que Luc Besson se complait dans le système, mais il a réussi avec son influence à le changer,
à permettre possiblement un nouvel avenir au cinéma français, et à donner plus à bouffer à nos techniciens locaux.
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